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Et si derrière chaque œuf dans votre cuisine, il y avait une vraie histoire de famille, de territoire et de choix d’élevage plus respectueux des animaux et de l’environnement ? Dans le Maine-et-Loire, L’Œuf des 2 Moulins montre qu’il est possible de produire beaucoup, tout en répondant à une demande croissante d’œufs alternatifs et bio. Et, en filigrane, c’est tout un modèle agricole qui se transforme.
L’Œuf des 2 Moulins est installée à Montrevault-sur-Erdre, dans le Maine-et-Loire. À l’origine, il s’agit d’une famille d’éleveurs qui commence à produire des œufs en 1975, puis à les vendre eux-mêmes une dizaine d’années plus tard. Petit à petit, la petite ferme devient une entreprise structurée, mais reste gérée par les enfants des fondateurs.
En 1991, la société rejoint le groupement L’Œuf de nos Villages. L’idée est simple. Rassembler des éleveurs qui partagent les mêmes valeurs : bien-être animal, respect de l’environnement et ancrage local. Ce choix va poser les bases de la transition vers les élevages dits « alternatifs », c’est-à-dire sortant du modèle de la poule en cage.
Entre 2019 et 2022, L’Œuf des 2 Moulins engage une transformation lourde de ses bâtiments. Objectif : passer d’un système en cage (code 3) à des élevages au sol (code 2) et plein air (code 1). Concrètement, tous les poulaillers sont rénovés. Les cages disparaissent. Des volières à plusieurs niveaux sont installées pour offrir plus d’espace de vie aux poules, sans réduire trop fortement le nombre de places.
Aujourd’hui, le site compte environ 120 000 poules au sol et 40 000 poules plein air. Cela représente autour de 40 à 45 millions d’œufs commercialisés chaque année. Un volume important, mais avec des conditions d’élevage plus conformes aux attentes des consommateurs, de plus en plus sensibles au bien-être des animaux.
Sur le terrain, la démarche ne s’arrête pas au type d’élevage. Les parcours des poules plein air sont végétalisés. Des arbres, de l’herbe, parfois des haies. Cela limite l’érosion, améliore le confort des animaux et crée de la biodiversité. Des ruches sont également installées sur ces parcelles, ce qui facilite la pollinisation locale.
Les déjections sont intégralement séchées puis transformées en engrais. Rien n’est laissé au hasard : ce qui pourrait être un déchet devient une ressource pour les cultures. Côté énergie, l’entreprise investit dans des installations de type trackers solaires. Ces panneaux mobiles suivent la course du soleil et couvrent environ 30 % des besoins en électricité du site. Un projet d’agrivoltaïsme est aussi à l’étude pour aller plus loin dans cette logique.
Produire des œufs, c’est une chose. Les trier, les contrôler et les emballer en est une autre. Dès 2010, L’Œuf des 2 Moulins agrandit son centre de conditionnement et mise sur la robotisation pour limiter la pénibilité des tâches. Aujourd’hui, le site fonctionne avec une calibreuse capable de traiter environ 60 000 œufs par heure.
Les machines peuvent détecter des microfissures dans les coquilles, des robots positionnent les œufs pointe en bas et une douzaine de lignes d’emballage permettent de gérer une grande diversité de références. Un autre robot est capable de palettiser en même temps jusqu’à quatre références différentes. Tous les emballages sont désormais recyclables. Pour la collecte des œufs dans les élevages, seules des alvéoles lavables et réutilisables sont utilisées, ce qui réduit les déchets.
Pour répondre à la forte demande en œufs alternatifs, la production du site ne suffit plus. L’Œuf des 2 Moulins développe donc des partenariats avec des éleveurs situés à moins de 50 km. Aujourd’hui, cela représente huit producteurs en plein air, soit environ 210 000 poules, et sept producteurs en bio, qui élèvent au total près de 80 000 poules.
Les œufs sont collectés deux à trois fois par semaine dans ces élevages et conditionnés sur le site principal. Pour encadrer ces relations, un contrat dit « sur dix bandes » est instauré. Il s’étale généralement sur une douzaine d’années, ce qui sécurise les investissements des éleveurs dans leurs bâtiments. Le prix payé prend en compte le coût de l’aliment et est ajusté régulièrement en fonction du prix de l’énergie, du matériel ou encore de la construction.
Au final, le centre de conditionnement gère environ 125 millions d’œufs chaque année. La répartition se fait entre plusieurs types de production : environ 35 % d’œufs plein air, 35 % d’œufs au sol et 15 % d’œufs bio. Le reste correspond à d’autres catégories, notamment certains codes 3 encore présents via des partenaires, même si la tendance générale est à la baisse de ce mode d’élevage.
L’Œuf des 2 Moulins propose près de 95 références, notamment sous la marque nationale L’Œuf de nos Villages, sous sa propre marque L’Œuf des 2 Moulins, mais aussi sous marques de distributeur (environ 45 % des volumes). La grande distribution (GMS) concentre la majorité des ventes, soit environ 85 % des œufs, le reste partant vers les grossistes et la restauration collective.
Depuis quelques années, la consommation d’œufs en France est en hausse. Elle aurait progressé de l’ordre de 4 % en 2024, puis 5 % en 2025. Les consommateurs cuisinent plus chez eux et se tournent vers des produits simples, peu transformés, souvent associés à une image de naturalité. Dans ce contexte, les grandes surfaces réclament davantage d’œufs plein air, au sol ou bio.
Pour L’Œuf des 2 Moulins, c’est une opportunité, mais aussi un défi. Les responsables cherchent à nouer de nouveaux partenariats avec des éleveurs, en particulier pour renforcer la production plein air, car leur propre élevage est concentré sur les œufs code 2. L’objectif est clair : développer encore le conditionnement et la commercialisation d’œufs alternatifs, sans renier la dimension locale.
En arrière-plan, il y a le groupement L’Œuf de nos Villages, créé en 1987 par des éleveurs et des centres de conditionnement. Le principe : mutualiser les forces commerciales, le marketing et la qualité, tout en gardant des exploitations à taille humaine réparties sur le territoire. Aujourd’hui, ce groupement rassemble 13 actionnaires, 18 centres de conditionnement et environ 400 éleveurs, surtout dans l’Ouest, le Sud-Ouest, le Sud-Est et le Nord.
Le volume commercialisé est impressionnant : environ 2,3 milliards d’œufs par an, soit près de 30 % des ventes en grande distribution. Le chiffre d’affaires tourne autour de 300 millions d’euros. Dans ce dispositif, L’Œuf des 2 Moulins apporte sa brique : une forte spécialisation dans les œufs alternatifs, une image de territoire et un réseau d’éleveurs locaux.
Pour comprendre ce que cela change sur le terrain, prenons le cas d’un éleveur de poules pondeuses bio installé dans le même département. Au moment de s’installer, il choisit de diversifier l’exploitation familiale avec un atelier de poules pondeuses bio. Deux bâtiments de 1 500 m² sont construits, chacun pouvant accueillir environ 9 000 poules, avec de vastes parcours extérieurs.
L’investissement total approche 1 million d’euros. Un contrat tripartite est signé entre l’éleveur, un groupe d’aliment et L’Œuf des 2 Moulins. Ce contrat assure la reprise des œufs et des poules de réforme sur dix bandes, soit une douzaine d’années. Les banques sont rassurées. L’éleveur peut rembourser ses emprunts grâce à une visibilité claire sur ses débouchés, tout en se concentrant sur ses performances techniques.
En rayon, vous voyez surtout le prix, le calibre et le code sur la coquille. Derrière, il y a pourtant des choix d’élevage, des emplois locaux et des engagements environnementaux. En privilégiant des œufs code 1, 2 ou bio, vous poussez des entreprises comme L’Œuf des 2 Moulins à poursuivre leurs efforts vers des systèmes plus vertueux.
La transition ne se fait pas en un claquement de doigts. Elle demande des années de travaux, de nouvelles machines, des partenariats solides avec les éleveurs. Mais elle avance. Et dans le Maine-et-Loire, l’histoire de L’Œuf des 2 Moulins montre qu’il est possible de concilier volumes importants, familles d’éleveurs et montée en puissance des œufs alternatifs. La prochaine fois que vous casserez un œuf pour une omelette ou un gâteau, vous saurez peut-être un peu mieux ce qu’il représente.